Avantages sociaux
Quand le patron est arrivé avec une grosse pastèque, le bureau s'est soudainement empli d'une fraîcheur estivale. Comme la tablette qu'il avait offerte à tous l'avant-dernière année, comme les boucles d'oreilles en or qu'il avait distribuées l'année précédente. Certains ont applaudi et se sont rassemblés autour de lui, d'autres ont passé la tête par la fenêtre de leur bureau en riant. Une scène on ne peut plus banale, comme tant d'autres ces cinq dernières années : une belle doudoune pour le Nouvel An, un thé improvisé l'après-midi, ou une petite récompense qui brille aux oreilles des collègues féminines après l'accomplissement d'une tâche.
En dégustant une pastèque sucrée, je suis soudainement comme en transe. En cinq ans, j'ai reçu une telle variété de fruits, de vêtements et d'encouragements. Tout cela est si léger, aussi léger qu'un mot doux sur une liste d'aide sociale ; et pourtant, c'est si lourd, si lourd qu'il peut étouffer toute sensation d'errance au travail et permettre aux jours de donner naissance à un système de racines stables.
Mes yeux se sont posés machinalement sur le poste près de la fenêtre. Assise là, se trouvait la doyenne de l'entreprise. Seize ans… cette date m'a frappée de plein fouet. Elle était là depuis onze ans à mon arrivée. J'avais assisté à la première assemblée générale annuelle, au premier voyage d'équipe, et elle était toujours sereine et souriante. Elle n'avait rien d'une aînée, mais plutôt d'une sœur paisible au sein de cette grande famille, observant avec joie nos jeunes collègues accueillir chaque surprise de leurs parents.
Seize ans suffisent à bouleverser un secteur et à transformer une vie trépidante en épuisement professionnel. Qu'est-ce qui pousse une personne à y consacrer les seize années les plus précieuses de sa vie ?
J'ai regardé le patron, souriant et distribuant à tous les photos de pastèques, puis le bureau de la sœur aînée, où une plante en pot, conservée depuis des années, était toujours d'un vert éclatant. Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans ces petits riens du quotidien. La meilleure motivation n'est peut-être ni les boucles d'oreilles ni la doudoune en elles-mêmes, mais le sentiment d'être constamment vu et reconnu. C'est savoir que vos efforts seront appréciés, que votre gentillesse et votre froideur resteront gravées dans les mémoires. Derrière ces récompenses apparemment insignifiantes se cache un respect et une attention aux autres qui sont restés intacts pendant seize ans.
Les boucles d'oreilles se faneront, les vêtements se démoderont et les pastèques disparaîtront. Mais le sentiment de sécurité que procure un amour profond et le sentiment d'appartenance qui intègre le parcours professionnel à l'épanouissement personnel peuvent résister longtemps aux tempêtes et à la fatigue. Le travail n'est plus une errance, mais un terreau fertile où l'on peut s'enraciner ; les collègues deviennent alors non plus de simples passants, mais des membres d'une même famille, témoins des années qui passent ensemble.
Seize ans ne marquent pas la fin d'un miracle, mais la preuve d'un engagement sincère. Cela nous dit en douceur : ici, on répond présent, et les années sont douces. Et cette précieuse « boucle d'oreille en or » n'est plus matérielle, mais une lumière indélébile de confiance, don du temps lui-même.


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Yolanda

